Pour comptabiliser un site internet, sépare deux choses : le coût de création du site, qui s’immobilise au compte 205 s’il sert plusieurs années, et les frais pour le faire tourner (hébergement, nom de domaine, abonnement, mises à jour), qui sont des charges de l’exercice. Une petite page vitrine refaite tous les ans peut rester intégralement en charges.
Les trois phases d’un projet de site, et leur traitement
Le plan comptable n’a plus de règles propres aux sites internet : la section qui leur était consacrée est abrogée dans la version au 1er janvier 2026. Un site est un ensemble de programmes, de code et de paramétrages : il relève désormais des règles sur les solutions informatiques (Art. 611-1 à 611-8 du PCG). Concrètement, on découpe le projet en trois temps.
- Avant le lancement : réflexion, étude de marché, cahier des charges, choix du prestataire. Ces études préliminaires vont toujours en charges (Art. 611-4), même si le projet aboutit.
- Pendant la production : conception graphique, développement, intégration, paramétrage. Ces coûts s’activent au 205 dès que les critères de l’Art. 611-3 sont remplis : projet techniquement faisable, intention de l’achever et de l’utiliser, avantages futurs probables, coûts mesurables de façon fiable.
- Après la mise en ligne : hébergement, maintenance, mises à jour de contenu, référencement courant. Ce sont des charges. Seule une évolution qui apporte de vraies fonctionnalités nouvelles (un module de paiement, un espace client) peut s’activer (Art. 611-7).
Site vitrine, site marchand, site sur une plateforme en abonnement
Site vitrine créé par une agence ou un freelance : si tu comptes l’utiliser plusieurs années, la facture de création va au 205. Si la somme est faible, tu peux te poser la question de la tolérance fiscale des 500 € HT (voir plus bas).
Site e-commerce développé sur mesure : c’est le cas typique d’immobilisation. S’il est développé sur plusieurs mois et à cheval sur deux exercices, les factures intermédiaires passent au 232 Immobilisations incorporelles en cours, puis sont virées au 205 à la mise en ligne. Les acomptes versés à l’agence vont au 237.
Site construit sur une plateforme en abonnement (tu paies un forfait mensuel pour un outil de création et d’hébergement) : tu ne possèdes rien, tu accèdes à un service. L’Art. 611-5 prévoit que ces coûts d’accès vont en charges au fur et à mesure de la prestation, au 6511. Si une agence te facture le paramétrage et le design de ta boutique sur cette plateforme, ce coût peut s’activer s’il répond aux critères de l’Art. 611-3 : c’est le cas visé à l’Art. 611-2 d’une solution développée pour tes besoins à partir de ressources hébergées chez un tiers.
Site développé en interne par tes salariés : leur temps passé sur la production peut s’activer via le compte 721 Production immobilisée, si tu peux le chiffrer de façon fiable.
Sur combien de temps amortir un site internet
Aucune durée n’est fixée par le PCG : c’est la durée pendant laquelle tu comptes utiliser le site sans refonte majeure (Art. 214-1). En pratique, la plupart des PME retiennent 2 à 3 ans pour un site vitrine et jusqu’à 5 ans pour une plateforme marchande structurée. L’amortissement démarre à la mise en ligne, pas à la date de la première facture.
Quand tu refais complètement ton site, l’ancien est mis au rebut : sa valeur nette restante passe en charge au 657 Valeurs comptables des immobilisations cédées.
Les écritures comptables, exemples chiffrés
1. Facture de création d'un site vitrine par une agence
Le 1er juillet, ton agence te facture 4 800 € HT pour la création de ton site, mis en ligne le même jour et utilisé 3 ans.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 205 | Site internet, création | 4 800 € | |
| 44562 | TVA sur immobilisations | 960 € | |
| 404 | Agence web | 5 760 € |
2. Amortissement du site au 31 décembre
Amortissement linéaire sur 3 ans pour 6 mois : 4 800 × 6/36 = 800 €.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 68111 | Dotation amortissement incorporel | 800 € | |
| 2805 | Amortissement site internet | 800 € |
3. Abonnement mensuel à une plateforme de création de site
Tu paies 39 € HT par mois pour l’outil qui héberge et fait fonctionner ta boutique en ligne.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 6511 | Abonnement plateforme site | 39 € | |
| 44566 | TVA déductible | 7,80 € | |
| 401 | Fournisseur plateforme | 46,80 € |
4. Projet à cheval sur deux exercices
Au 31 décembre, ton agence t’a déjà facturé 6 000 € HT de développement d’un site marchand qui sera mis en ligne en mars.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 232 | Site marchand en cours | 6 000 € | |
| 44562 | TVA sur immobilisations | 1 200 € | |
| 404 | Agence web | 7 200 € |
Traitement fiscal et TVA
Déduction immédiate : l’administration admet de passer en charges les logiciels et petits équipements dont la valeur unitaire ne dépasse pas 500 € HT. Un site très simple sous ce seuil peut donc rester en charges. Au-delà, l’immobilisation s’impose.
TVA : la TVA sur la création du site se déduit au 44562 (immobilisation), celle sur les abonnements et l’hébergement au 44566. Une plateforme établie hors de France te facture en général sans TVA : tu l’autoliquides.
Les erreurs à éviter
Comptes liés
| Compte | Quand l'utiliser |
|---|---|
| 232 Immobilisations incorporelles en cours | Site en cours de développement à la clôture, viré au 205 à la mise en ligne. |
| 237 Avances et acomptes versés sur commandes d'immobilisations incorporelles | Acomptes versés à l’agence avant la livraison du site. |
| 2805 Concessions et droits similaires, brevets, licences, solutions informatiques, droits et valeurs similaires | Cumul des amortissements du site, en diminution du 205 au bilan. |
| 6156 Maintenance | Contrat de maintenance technique du site facturé à part. |
| 623 Publicité, publications, relations publiques | Publicité en ligne, campagnes et contenus promotionnels : jamais dans le coût du site. |
Questions fréquentes
Quel compte comptable pour un site internet ?
Le 205 pour la création ou la refonte d’un site utilisé plusieurs années, amorti via le 2805. Les frais récurrents (hébergement, nom de domaine, abonnement à une plateforme, mises à jour) sont des charges, le plus souvent au 6511 pour l’accès à une solution en ligne.
Un site internet est-il une immobilisation ?
Oui, s’il est créé pour toi, utilisé au-delà d’un exercice et que son coût est mesurable. Le PCG le traite comme une solution informatique (Art. 611-2). Un site loué via une plateforme en abonnement n’est pas une immobilisation : tu paies un accès.
Sur combien d'années amortir un site internet ?
Sur sa durée d’utilisation prévue avant refonte, que tu fixes toi-même : 2 à 3 ans pour un site vitrine en pratique, davantage pour une plateforme marchande. L’amortissement démarre à la mise en ligne.
Comment comptabiliser la refonte d'un site internet ?
Une refonte complète crée un nouveau site : son coût va au 205 et l’ancien site est sorti du bilan, sa valeur nette passant au 657. Une simple mise à jour graphique ou de contenu reste une charge de l’exercice.
Où comptabiliser l'hébergement et le nom de domaine ?
En charges de l’exercice : ils te donnent accès à un service pendant une période, sans rien te faire acquérir. Si le renouvellement couvre plusieurs exercices, la part future passe en charges constatées d’avance (486) à la clôture.
Peut-on passer un site internet directement en charges ?
C’est admis en pratique pour un site très simple sous 500 € HT (tolérance fiscale prévue pour les logiciels), ou s’il ne sert pas au-delà d’un exercice. Au-delà, l’immobiliser donne une image plus juste de ton résultat et l’administration peut contester une déduction immédiate.
