Investissement · 2026

Krachs boursiers : l’historique chiffré des plus grands krachs de 1929 à 2026

Les grands krachs boursiers de 1929 à 2025 en un tableau : baisse maximale, durée, temps de récupération et causes. Définition, records, signaux pour reconnaître un krach et calculateur du temps nécessaire pour s'en remettre.

Un krach boursier est une chute brutale et généralisée des cours, en général supérieure à 20 % en quelques jours ou quelques semaines. Le plus violent de l’histoire reste celui de 1929 : le Dow Jones a perdu 89 % entre septembre 1929 et juillet 1932, et il lui a fallu 25 ans pour retrouver son sommet. La plus forte baisse en une seule séance date du 19 octobre 1987 (moins 22,6 % à Wall Street), et le record de lenteur appartient au Japon : 34 ans pour que le Nikkei efface la bulle de 1989. Cette page recense, chiffres à l’appui, les grands krachs de 1929 à 2025 : ampleur, durée, temps de récupération et causes.

L’essentiel en 30 secondes
  • Définition : pas de seuil officiel. On parle de correction à moins 10 % depuis le dernier plus haut, de marché baissier à moins 20 %, et de krach quand la chute est à la fois forte et très rapide.
  • Le plus profond : 1929, moins 89,2 % sur le Dow Jones, 25 ans pour revenir au sommet (hors dividendes).
  • Le plus rapide : le 19 octobre 1987, moins 22,6 % en une séance. En France, la pire séance du CAC 40 est le 12 mars 2020 : moins 12,28 %.
  • Le plus long à effacer : le Nikkei japonais, sommet du 29 décembre 1989 retrouvé le 22 février 2024.
  • Le plus vite oublié : le krach du Covid. Le S&P 500 a perdu 33,9 % en 33 jours, puis retrouvé son record moins de 6 mois plus tard.
  • La règle qui revient : les krachs naissent presque toujours d’une bulle financée à crédit, puis d’un déclencheur. Leur durée de récupération dépend surtout du niveau de valorisation au départ.

Cette page est la mémoire chiffrée des krachs passés. Si tu cherches la conduite à tenir quand ton portefeuille baisse aujourd’hui (vendre, conserver ou renforcer), lis plutôt notre guide la bourse en chute, doit-on tout vendre ?, consacré à la décision au moment de la baisse.

Krach boursier : la définition en clair

Le mot vient de l’allemand Krach, qui signifie fracas. Il s’est imposé après l’effondrement de la Bourse de Vienne le 9 mai 1873, le « Schwarzer Freitag » autrichien, qui a ouvert une longue période de dépression en Europe. En anglais, on dit crash.

Il n’existe aucune définition réglementaire du krach. Ni l’AMF ni les bourses ne fixent de seuil. Dans l’usage des économistes et de la presse financière, trois niveaux se distinguent, tous mesurés depuis le dernier plus haut d’un indice :

Terme Baisse depuis le plus haut Ce qui compte Exemple
Repli, consolidation Moins de 10 % Mouvement banal, plusieurs fois par an Les replis du CAC 40 en 2026, restés sous ce seuil à notre date de relevé
Correction 10 à 20 % L’ampleur, quelle que soit la vitesse S&P 500, février à avril 2025 : moins 18,9 % en clôture
Marché baissier (bear market) 20 % et plus L’ampleur, souvent sur plusieurs mois S&P 500 en 2022 : moins 25,4 % en 9 mois
Krach Souvent 20 % et plus La vitesse : quelques séances ou semaines, ou une séance à 10 % et plus Octobre 1987, mars 2020

La différence entre marché baissier et krach tient donc surtout au rythme. La baisse de 2022 (moins 25 % en neuf mois, sans séance de panique) est un marché baissier. Mars 2020 (moins 34 % en un mois, avec plusieurs séances à plus de 10 %) est un krach. Dans le langage courant, les deux mots se mélangent, et l’éclatement de la bulle Internet de 2000 à 2002, étalé sur deux ans et demi, est malgré tout appelé « krach de 2000 ».

À ne pas confondre non plus avec la crise financière : le krach est un événement de marché, la crise touche les banques, le crédit et l’économie réelle. 1929 et 2008 ont été les deux à la fois. 1987 a été un krach sans crise : l’économie américaine n’est pas entrée en récession.

Les grands krachs boursiers en un tableau

Le tableau retient les principaux épisodes depuis 1929 sur l’indice de référence du marché touché. Les niveaux sont des clôtures, le temps de récupération se mesure du sommet d’avant krach jusqu’au jour où l’indice le dépasse de nouveau, hors dividendes (indices de prix). Le CAC 40 n’existe que depuis le 31 décembre 1987 (base 1 000 points), d’où l’usage des indices américains pour les épisodes plus anciens.

Krach Indice Sommet Creux Baisse max Durée de la baisse Retour au sommet Cause principale
1929 Dow Jones 381,17 (3 sept. 1929) 41,22 (8 juil. 1932) -89,2 % 34 mois Nov. 1954, 25 ans Bulle spéculative à crédit, faillites bancaires
1973-1974 S&P 500 120,24 (11 janv. 1973) 62,28 (3 oct. 1974) -48,2 % 21 mois Juil. 1980, 7,5 ans Choc pétrolier, inflation, fin de Bretton Woods
1987 Dow Jones 2 722,42 (25 août 1987) 1 738,74 (19 oct. 1987) -36,1 % 2 mois (dont -22,6 % en un jour) Août 1989, 2 ans Valorisations, hausse des taux, ventes automatiques
Japon 1990 Nikkei 225 38 915,87 (29 déc. 1989) 7 054,98 (10 mars 2009) -81,9 % 19 ans (en plusieurs vagues) Févr. 2024, 34 ans Bulle boursière et immobilière, hausse des taux
2000-2002 Nasdaq 5 048,62 (10 mars 2000) 1 114,11 (9 oct. 2002) -77,9 % 31 mois Avr. 2015, 15 ans Bulle Internet
2000-2003 CAC 40 6 922,33 (4 sept. 2000) 2 403,04 (12 mars 2003) -65,3 % 30 mois 2 nov. 2021, 21 ans Bulle Internet et télécoms
2007-2009 S&P 500 1 565,15 (9 oct. 2007) 676,53 (9 mars 2009) -56,8 % 17 mois Mars 2013, 5,5 ans Subprimes, faillite de Lehman Brothers
2007-2009 CAC 40 6 168,15 (1er juin 2007) 2 519,29 (9 mars 2009) -59,2 % 21 mois Avr. 2021, près de 14 ans Subprimes, crise bancaire
2011 CAC 40 4 157 (févr. 2011) 2 782 (sept. 2011) -33 % 7 mois Courant 2013, environ 2 ans Dette souveraine de la zone euro
2020 CAC 40 6 111,24 (19 févr. 2020) 3 754,84 (18 mars 2020) -38,6 % 1 mois Avr. 2021, 13 mois Pandémie de Covid-19, confinements
2020 S&P 500 3 386,15 (19 févr. 2020) 2 237,40 (23 mars 2020) -33,9 % 33 jours 18 août 2020, 6 mois Pandémie de Covid-19
2022 S&P 500 4 796,56 (3 janv. 2022) 3 577,03 (12 oct. 2022) -25,4 % 9 mois 19 janv. 2024, 2 ans Inflation, hausse rapide des taux, guerre en Ukraine
2022 CAC 40 7 376,37 (5 janv. 2022) 5 676,87 (29 sept. 2022) -23,0 % 9 mois 16 févr. 2023, 13 mois Inflation, taux, énergie
2025 S&P 500 6 144,15 (19 févr. 2025) 4 982,77 (8 avr. 2025) -18,9 % 7 semaines 27 juin 2025, 4 mois Droits de douane américains

Clôtures, indices de prix hors dividendes. Le chiffre 2011 du CAC 40 est arrondi au point et sa date de retour au sommet est approximative. L’épisode 2025 reste juste sous le seuil de 20 % en clôture : c’est une correction violente plus qu’un krach au sens strict, mais il figure dans toutes les listes récentes.

Baisse maximale : la profondeur de chaque krach

1929 Dow Jones-89,2 %
1990 Nikkei-81,9 %
2000 Nasdaq-77,9 %
2000 CAC 40-65,3 %
2008 CAC 40-59,2 %
2008 S&P 500-56,8 %
1974 S&P 500-48,2 %
2020 CAC 40-38,6 %
1987 Dow Jones-36,1 %
2011 CAC 40-33 %
2022 S&P 500-25,4 %
2025 S&P 500-18,9 %

Temps de récupération : combien d’années pour retrouver le sommet

1990 Nikkei34 ans
1929 Dow Jones25 ans
2000 CAC 4021 ans
2000 Nasdaq15 ans
2008 CAC 4014 ans
1974 S&P 5007,5 ans
2008 S&P 5005,5 ans
1987 Dow Jones2 ans
2022 S&P 5002 ans
2020 CAC 4013 mois
2020 S&P 5006 mois

Hors dividendes. Dividendes réinvestis, les durées sont nettement plus courtes, surtout pour le CAC 40 dont le rendement annuel des dividendes a souvent tourné autour de 3 %. C’est l’erreur la plus fréquente des comparaisons : « 21 ans pour le CAC 40 » décrit l’indice de prix, pas le patrimoine d’un investisseur qui a conservé et réinvesti ses dividendes.

Quel est le plus grand krach boursier de l’histoire ?

Tout dépend de ce que l’on mesure. Quatre records différents coexistent :

-89,2 %Le plus profond : Dow Jones, 1929 à 1932
-22,6 %La pire séance : Dow Jones, 19 octobre 1987
34 ansLa plus longue récupération : Nikkei, 1989 à 2024
-12,28 %La pire séance du CAC 40 : 12 mars 2020

Par l’ampleur et les conséquences, 1929 reste le plus grand krach de l’histoire. Ce n’est pas seulement la baisse de 89 % : c’est la seule chute boursière qui a débouché sur une dépression mondiale, avec un chômage qui a dépassé 20 % aux États-Unis au début des années 1930 et des milliers de faillites bancaires.

Par la violence d’une seule journée, 1987 n’a pas d’équivalent. Le Dow Jones a perdu 508 points, soit 22,6 %, le lundi 19 octobre 1987. C’est presque deux fois la pire séance de 1929 (moins 12,8 % le 28 octobre 1929). Le 16 mars 2020, le Dow a reperdu 12,9 % : c’est la deuxième pire séance de son histoire.

Par la durée, le Japon détient le record parmi les grandes économies. Le Nikkei 225 a clôturé à 38 915,87 points le 29 décembre 1989 et n’a dépassé ce niveau que le 22 février 2024. Un investisseur japonais entré au sommet a attendu 34 ans pour revoir son capital nominal, hors dividendes.

Avant 1929 : tulipes, Law, Vienne et l’Union générale

Les krachs sont aussi vieux que les marchés. Les données de cette époque ne permettent pas de calculer des baisses d’indice comparables, mais quatre épisodes servent encore de référence :

1636-1637 · TulipesAux Provinces-Unies, les contrats sur des bulbes rares s’échangent à des prix extravagants avant de s’effondrer en février 1637. L’ampleur réelle est débattue par les historiens, mais l’épisode reste le symbole de la bulle.
1720 · Law et la mer du SudEn France, le système de John Law et l’action de la Compagnie du Mississippi s’effondrent. La même année, à Londres, la bulle de la South Sea Company éclate.
1873 · VienneLe 9 mai 1873, la Bourse de Vienne s’écroule après une vague de spéculation ferroviaire et immobilière. Le mot krach entre dans l’usage et la Longue Dépression commence.
1882 · Union généraleÀ Paris, la banque Union générale fait faillite en janvier 1882 après une envolée spéculative de son action. Le krach entraîne la place parisienne dans plusieurs années de marasme.
1907 · Panique de New YorkUne crise de liquidité frappe les sociétés fiduciaires new-yorkaises. Le banquier J. P. Morgan organise le sauvetage, et l’épisode mène à la création de la Réserve fédérale en 1913.

Les krachs de 1929 à 2025, un par un

1929 : le Jeudi noir et la Grande Dépression

-89,2 % Dow Jones34 mois de baisse25 ans pour revenir

Dans les années 1920, Wall Street s’envole porté par la croissance, la radio, l’automobile et surtout le crédit : on achète des actions en n’apportant qu’une petite partie du prix, le reste étant prêté par le courtier (achat sur marge). Le Dow Jones culmine à 381,17 points le 3 septembre 1929. Le jeudi 24 octobre (le Jeudi noir), la panique éclate. Le lundi 28 octobre, l’indice perd 12,8 %, le mardi 29 encore 11,7 %.

Le pire vient ensuite. Faillites bancaires, politique monétaire restrictive, protectionnisme : la baisse se poursuit jusqu’au 8 juillet 1932, à 41,22 points. Le Dow Jones ne retrouve son niveau de 1929 que le 23 novembre 1954. Ce chiffre spectaculaire doit être nuancé : en tenant compte des dividendes et de la forte déflation des années 1930, plusieurs études estiment que le pouvoir d’achat d’un investisseur resté investi a été reconstitué bien plus tôt, dès la seconde moitié des années 1930 ou au cours des années 1940 selon les méthodes.

1973-1974 : le choc pétrolier

-48,2 % S&P 50021 mois de baisse7,5 ans pour revenir

Moins célèbre, ce marché baissier est l’un des plus sévères du siècle. Fin du système monétaire de Bretton Woods, inflation galopante, embargo pétrolier d’octobre 1973 et scandale du Watergate : le S&P 500 recule de 48,2 % entre le 11 janvier 1973 et le 3 octobre 1974. Avec une inflation supérieure à 10 % par an, la perte réelle des épargnants a été encore plus lourde que la perte affichée. C’est le rappel que le pire ennemi d’un portefeuille n’est pas toujours une séance de panique, mais parfois une lente érosion combinée à l’inflation.

1987 : le Lundi noir

-22,6 % en une séance-36,1 % du sommet au creux2 ans pour revenir

Après une hausse de plus de 40 % depuis janvier, le Dow Jones culmine le 25 août 1987. Hausse des taux, déficit commercial américain et valorisations tendues fragilisent le marché. Le lundi 19 octobre 1987, l’indice perd 22,6 % en une séance, la pire de son histoire. Les programmes d’« assurance de portefeuille », qui vendaient automatiquement des contrats à terme quand le marché baissait, ont amplifié la chute.

Toutes les places mondiales décrochent, Paris compris. Pourtant, il n’y a pas eu de récession : la Réserve fédérale annonce dès le 20 octobre qu’elle fournira les liquidités nécessaires, et le Dow Jones retrouve son sommet en août 1989. Ce krach a donné naissance aux coupe-circuits qui suspendent aujourd’hui les cotations en cas de chute brutale.

1990 : l’éclatement de la bulle japonaise

-81,9 % Nikkei 22519 ans jusqu’au creux34 ans pour revenir

À la fin des années 1980, les actions et l’immobilier japonais atteignent des valorisations hors normes. Le 29 décembre 1989, le Nikkei clôture à 38 915,87 points. La Banque du Japon relève ses taux, la bulle se dégonfle et le pays entre dans des décennies de croissance faible et de déflation. Le point bas n’est atteint qu’en mars 2009, à 7 054,98 points, soit 81,9 % sous le sommet.

C’est le contre-exemple le plus souvent cité face à l’idée que « la bourse remonte toujours vite ». Il montre l’importance de la diversification géographique : un portefeuille mondial n’a jamais vécu une telle traversée du désert, parce que le Japon n’en était qu’une partie.

2000-2003 : la bulle Internet

-77,9 % Nasdaq-65,3 % CAC 4021 ans pour le CAC 40 hors dividendes

Toute entreprise liée à Internet ou aux télécoms voit son cours exploser à la fin des années 1990, souvent sans bénéfices. Le Nasdaq culmine le 10 mars 2000 à 5 048,62 points, le CAC 40 le 4 septembre 2000 à 6 922,33 points. La bulle éclate, aggravée par les attentats du 11 septembre 2001 et les scandales comptables (Enron, WorldCom). Le CAC 40 touche 2 403,04 points le 12 mars 2003.

Le Nasdaq a mis 15 ans à revenir (avril 2015), le CAC 40 21 ans : il n’a dépassé son record de clôture de 2000 que le 2 novembre 2021, à 6 927,03 points. Là encore, dividendes réinvestis, la récupération a été bien plus rapide. Mais la leçon est claire : acheter un indice très cher peut coûter une décennie ou plus de performance.

2007-2009 : les subprimes et Lehman Brothers

-56,8 % S&P 500-59,2 % CAC 405,5 ans pour le S&P 500

Des crédits immobiliers accordés à des ménages américains peu solvables (les subprimes) sont transformés en titres complexes et vendus dans le monde entier. Quand les prix de l’immobilier baissent, les pertes contaminent tout le système bancaire. La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, déclenche la phase aiguë. Le 6 octobre 2008, le CAC 40 perd 9,04 % en une séance, avant de bondir de 11,18 % le 13 octobre.

Le S&P 500 touche son point bas le 9 mars 2009 (676,53 points) et retrouve son sommet de 2007 en mars 2013. Le CAC 40, pénalisé ensuite par la crise de la zone euro, n’a dépassé son niveau de juin 2007 qu’en avril 2021.

6 mai 2010 : le flash crash

Près de -9 % en quelques minutesEffacé dans la séance

Dans l’après-midi du 6 mai 2010, le Dow Jones chute de près de 1 000 points en quelques minutes, puis remonte presque aussitôt. Un ordre de vente massif sur contrats à terme, dans un marché nerveux et dominé par le trading à haute fréquence, a vidé la liquidité. Ce n’est pas un krach au sens économique, mais l’épisode a révélé le rôle des algorithmes dans les décrochages éclairs.

2011 : la crise des dettes souveraines

-33 % CAC 407 mois de baisseenviron 2 ans pour revenir

La Grèce, puis l’Italie et l’Espagne inquiètent les marchés sur leur capacité à rembourser. Les banques françaises, exposées à ces dettes, sont lourdement sanctionnées. Le CAC 40 recule d’environ 33 % entre février (4 157 points) et septembre 2011 (2 782 points), et passe sous les 3 000 points le 5 septembre. Les marchés européens se stabilisent après le discours de Mario Draghi, président de la BCE, en juillet 2012 (« whatever it takes »).

2020 : le krach du Covid

-38,6 % CAC 40 en un mois-12,28 % le 12 mars13 mois pour revenir

Le krach le plus rapide de l’histoire. Entre le 19 février et le 18 mars 2020, le CAC 40 perd 38,6 %, le S&P 500 33,9 % jusqu’au 23 mars. Le 12 mars 2020, le CAC 40 vit la pire séance de son histoire (moins 12,28 %). Aux États-Unis, les coupe-circuits se déclenchent quatre fois en mars. Le VIX, l’indice de volatilité de Wall Street, clôture au record de 82,69 le 16 mars.

Le rebond est tout aussi spectaculaire, porté par les banques centrales et les plans de relance : le S&P 500 retrouve son record dès le 18 août 2020, le CAC 40 a retrouvé dès le 11 mars 2021 son niveau de fin février 2020 (avant le décrochage), puis dépassé son sommet du 19 février en avril 2021. Ceux qui ont vendu en mars ont souvent raté le rebond.

2022 : inflation et remontée des taux

-25,4 % S&P 500-23,0 % CAC 4013 mois pour le CAC 40

Pas de séance de panique, mais une baisse continue : l’inflation dépasse 8 % aux États-Unis et en zone euro, les banques centrales relèvent leurs taux à un rythme inédit depuis les années 1980, et la guerre en Ukraine fait flamber l’énergie. Les valeurs technologiques chutent plus fort (le Nasdaq perd environ un tiers). Le CAC 40, riche en valeurs du luxe et de l’énergie, résiste mieux et bat un nouveau record dès le 16 février 2023.

2025 : le choc des droits de douane

-18,9 % S&P 5007 semaines4 mois pour revenir

Le 2 avril 2025, l’administration américaine annonce des droits de douane généralisés. Les marchés mondiaux décrochent pendant plusieurs séances : le S&P 500 clôture le 8 avril à 4 982,77 points, 18,9 % sous son record du 19 février. La suspension partielle des mesures, annoncée le 9 avril, provoque l’un des plus forts rebonds journaliers de l’histoire récente. L’indice retrouve son record le 27 juin 2025. En clôture, la baisse est restée juste sous le seuil de 20 %, ce qui en fait une correction brutale plutôt qu’un krach au sens strict.

Les causes communes des krachs

D’un siècle à l’autre, les scénarios se ressemblent. On retrouve presque toujours les mêmes ingrédients, dans cet ordre :

1. Une histoire séduisanteRadio et automobile en 1929, Internet en 2000, immobilier « qui ne baisse jamais » en 2007. Une innovation ou une conviction justifie des prix de plus en plus élevés.
2. Le créditAchat sur marge en 1929, crédit immobilier titrisé en 2008, effet de levier des fonds et des particuliers. La dette permet de payer plus cher et oblige à vendre quand les cours baissent.
3. Des valorisations extrêmesLes cours progressent bien plus vite que les bénéfices. Les investisseurs achètent parce que le prix monte, pas pour ce que l’entreprise rapporte.
4. Un déclencheurHausse des taux (1929, 1987, 1990, 2022), faillite (Lehman en 2008), choc extérieur (pétrole en 1973, Covid en 2020, droits de douane en 2025).
5. L’emballementAppels de marge, ventes forcées, programmes automatiques (1987), algorithmes (2010), panique et mimétisme. La baisse alimente la baisse.

Deux familles de krachs se distinguent nettement. Les krachs de bulle (1929, Japon, 2000) partent de valorisations extrêmes : ils sont profonds et longs à effacer, parce que les prix doivent revenir à des niveaux cohérents avec les bénéfices. Les krachs de choc (1987, 2020, 2025) frappent un marché sans excès majeur : ils sont violents mais courts, d’autant plus si les banques centrales interviennent vite. Entre les deux, 2008 combine une bulle (immobilière et bancaire) et un choc (Lehman Brothers).

Les marchés les plus spéculatifs amplifient tout. Un produit à effet de levier peut perdre la quasi-totalité de sa valeur dans un krach : notre analyse des ETF à effet de levier chiffre ces pertes maximales, jusqu’à plus de 95 % pour certains trackers multipliés par trois.

Comment reconnaître un krach boursier

Personne ne sait annoncer un krach à l’avance avec fiabilité. En revanche, quand il est en cours, plusieurs signaux le distinguent d’une simple baisse :

Signal Baisse ordinaire Krach
Vitesse Quelques % sur plusieurs semaines 20 % et plus en quelques séances ou semaines
Séances Variations de 1 à 2 % Plusieurs séances à plus de 5 %, parfois plus de 10 %
Volatilité (VIX) Entre 12 et 25 environ Au-dessus de 40, records à 80,86 (nov. 2008) et 82,69 (mars 2020)
Contagion Un secteur ou une région Toutes les places mondiales et presque toutes les classes d’actifs à risque
Coupe-circuits Jamais déclenchés Suspensions de cotation (quatre fois aux États-Unis en mars 2020)
Liquidités Marché fluide Écarts d’achat et de vente qui s’élargissent, ventes forcées, interventions des banques centrales

Les coupe-circuits : le frein d’urgence des marchés

Depuis 1987, les bourses disposent de mécanismes qui interrompent les cotations en cas de chute brutale. Aux États-Unis, les coupe-circuits de marché se basent sur le S&P 500 : une baisse de 7 % (niveau 1) ou de 13 % (niveau 2) dans la séance suspend les échanges pendant 15 minutes, une baisse de 20 % (niveau 3) arrête la séance jusqu’au lendemain. Sur Euronext, le dispositif fonctionne valeur par valeur : chaque action dispose de seuils de variation au-delà desquels sa cotation est momentanément réservée, sans arrêt global du marché sur la base du CAC 40.

Ces mécanismes ne protègent pas de la baisse. Ils laissent le temps aux acheteurs de revenir et évitent les spirales de vente purement mécaniques, comme en 1987 ou en 2010.

Calculateur : combien de temps pour se remettre d’un krach

Une baisse de 50 % demande une hausse de 100 % pour revenir au point de départ. Cette asymétrie explique pourquoi les gros krachs mettent des années à s’effacer. Le calculateur ci-dessous estime le temps nécessaire pour qu’un portefeuille revienne à flot après un krach, selon le rendement annuel que tu supposes ensuite et tes versements mensuels.

Calculateur de récupération

Hypothèses : la baisse est immédiate, le rendement annuel est constant après le creux et capitalisé chaque mois, les versements sont investis en fin de mois. « Revenir à flot » signifie que la valeur du portefeuille dépasse la somme du capital initial et des versements. Sans frais ni fiscalité. Le calculateur illustre une mécanique, il ne prédit pas les marchés : après un krach réel, les rendements sont irréguliers.

L’asymétrie des pertes en un graphique

0 %-10 %-20 %-30 %-40 %-50 %-60 %-70 %-80 % 0 %100 %200 %300 %400 % Baisse subie +25 % +67 % +100 % +150 % +233 % +400 %

Hausse nécessaire = 1 / (1 – baisse) – 1. Le Dow Jones de 1932 (moins 89,2 %) devait progresser de 826 % pour revenir à son niveau de 1929.

Ce que l’histoire des krachs apprend à l’investisseur

Cent ans de krachs ne permettent pas de prévoir le prochain, mais ils dessinent quelques constantes utiles :

  1. Les krachs sont fréquents. Selon les calculs de Hartford Funds, le S&P 500 a connu 27 marchés baissiers (baisse de 20 % ou plus) depuis 1928, soit en moyenne un tous les trois ans et demi, avec une baisse moyenne d’environ 35 % et une durée moyenne de 289 jours. Un investisseur qui place son argent sur 30 ans en traversera donc plusieurs.
  2. La valorisation de départ décide de la durée. Les récupérations les plus longues (1929, Japon 1989, 2000) partent toutes de bulles. Les krachs survenus sur un marché raisonnablement valorisé (1987, 2020) s’effacent en quelques mois ou années.
  3. Les dividendes changent tout. Les durées affichées dans les médias portent sur des indices de prix. Dividendes réinvestis, le CAC 40 a récupéré bien avant 2021 ses pertes de 2000. Sur un PEA ou un ETF capitalisant, c’est la performance dividendes inclus qui compte.
  4. La diversification géographique protège des récupérations interminables. Le Japon et le CAC 40 des années 2000 ont été des purgatoires, un portefeuille mondial beaucoup moins. C’est un argument central du débat MSCI World ou S&P 500.
  5. Investir régulièrement raccourcit la traversée. Le calculateur ci-dessus le montre : chaque versement pendant la baisse achète des parts moins chères. Tu peux projeter cet effet sur la durée avec notre simulateur ETF avec versements programmés.
  6. Le pire moment pour un krach, c’est quand on a besoin de l’argent. Un krach dans les premières années de retraite est bien plus destructeur qu’en phase d’épargne : c’est le risque de séquence, détaillé dans notre page sur la règle des 4 %. D’où l’intérêt d’une poche sécurisée et d’une répartition de l’épargne adaptée à ton horizon.
Ce que les krachs passés confirment
  • Les grands indices diversifiés ont toujours fini par dépasser leurs anciens sommets, parfois après très longtemps.
  • Les séances de forte baisse sont souvent suivies de séances de fort rebond, très proches dans le temps.
  • Les investisseurs sans dette et sans besoin de liquidités à court terme ont pu attendre.
Ce qu’ils démentent
  • « La bourse remonte toujours en quelques mois » : faux pour 1929, 1973, 2000 et le Japon.
  • « On peut sortir avant le krach » : presque personne n’a vendu au sommet de 1929, 2000 ou 2020.
  • « Une action individuelle finit toujours par revenir » : beaucoup d’entreprises de 2000 et de 2008 ont disparu. Notre page sur les erreurs qui font tout perdre en bourse les détaille.

Pour la question pratique (que faire de ton portefeuille quand la baisse est là, faut-il vendre, attendre ou renforcer), notre guide la bourse en chute doit-on tout vendre prend le relais : cette page-ci raconte les krachs passés, celle-là t’aide à décider pendant une baisse.

Y aura-t-il un krach boursier en 2026 ?

Personne ne peut le dire, et les prévisions de krach publiées chaque année se trompent bien plus souvent qu’elles ne tombent juste. À notre date de relevé (5 octobre 2026), aucun krach n’a été enregistré cette année : les replis du CAC 40 sont restés loin du seuil de 20 %, après des records inscrits au cours de l’été.

Les facteurs de risque régulièrement cités par les analystes en 2026 sont connus : valorisations élevées des grandes valeurs technologiques américaines liées à l’intelligence artificielle, niveau des taux longs américains, tensions commerciales et géopolitiques. Ils ressemblent aux ingrédients des krachs passés (valorisations, taux, choc extérieur), mais l’histoire montre qu’un marché cher peut le rester longtemps, et que le déclencheur vient rarement d’où on l’attend. Pour un épargnant de long terme, la seule préparation utile est celle qui ne dépend pas du calendrier : épargne de précaution, allocation adaptée à l’horizon, pas de dette pour investir.

Vidéo : tous les krachs depuis 1929

Vidéo tierce sélectionnée pour compléter cet article, elle n’engage pas notre analyse.

Questions fréquentes sur les krachs boursiers

Quel est le plus grand krach boursier de l’histoire ?

Par l’ampleur, le krach de 1929 : le Dow Jones a perdu 89,2 % entre septembre 1929 et juillet 1932 et n’a retrouvé son sommet qu’en novembre 1954. Par la violence d’une séance, le 19 octobre 1987 (moins 22,6 %). Par la durée de récupération, le Nikkei japonais : 34 ans entre le sommet de 1989 et février 2024.

Combien de temps dure un krach boursier ?

La phase de baisse va de quelques semaines (33 jours pour le S&P 500 en 2020) à près de trois ans (1929 à 1932, 2000 à 2002). Le retour au sommet, hors dividendes, a pris de 6 mois (2020) à 25 ans (1929) aux États-Unis. Selon Hartford Funds, un marché baissier du S&P 500 dure en moyenne 289 jours.

Quelle est la différence entre un krach et une correction ?

Une correction est une baisse de 10 à 20 % depuis le dernier plus haut. Un krach est une chute plus forte, souvent supérieure à 20 %, et surtout très rapide : quelques séances ou quelques semaines. Il n’existe pas de définition officielle, ce sont des conventions de marché.

Où mettre son argent en cas de krach boursier ?

Les placements dont le capital ne dépend pas de la bourse ne baissent pas lors d’un krach : livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP), comptes à terme, fonds euros d’assurance vie. Les dépôts bancaires sont couverts par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution jusqu’à 100 000 € par banque, avec un plafond séparé de 100 000 € pour l’ensemble Livret A, LDDS et LEP. Déplacer ses actions vers ces supports après le début d’un krach revient en revanche à figer la perte : c’est une question de répartition à décider avant, selon ton horizon.

Que faire en cas de krach boursier ?

L’Autorité des marchés financiers rappelle le principe de base : ne pas réagir dans la précipitation et revenir à son horizon de placement. Les krachs passés montrent que les séances de rebond suivent souvent de près les pires séances. La conduite à tenir pas à pas est détaillée dans notre guide sur la bourse en chute.

La bourse peut-elle s’effondrer totalement ?

Un indice large ne tombe pas à zéro tant que les entreprises qui le composent continuent de produire des bénéfices. Même en 1932, au pire de la Grande Dépression, le Dow Jones gardait environ 11 % de sa valeur de 1929. Des marchés ont en revanche été fermés ou anéantis par des guerres ou des révolutions (Russie en 1917, par exemple). Une action individuelle, elle, peut tomber à zéro en cas de faillite.

Peut-on prévoir un krach boursier ?

Pas de façon fiable. Des signaux de fragilité existent (valorisations très élevées, endettement, euphorie, hausse des taux), mais ils peuvent durer des années avant un krach, ou ne jamais en produire. Le déclencheur, lui, est presque toujours imprévu : faillite de Lehman Brothers, pandémie, annonce politique.

Est-il raisonnable de craindre un krach boursier ?

Oui, au sens où il faut l’intégrer dans sa stratégie : sur 30 ans d’investissement, l’histoire du S&P 500 suggère d’en vivre plusieurs. Non, s’il s’agit de rester hors du marché en attendant : les investisseurs qui ont patienté depuis 2010 ou 2015 « pour acheter après le krach » ont manqué une hausse considérable.

Quelle a été la pire séance de l’histoire du CAC 40 ?

Le 12 mars 2020, en pleine crise du Covid-19, avec une baisse de 12,28 %. Elle devance le 6 octobre 2008 (moins 9,04 %), pendant la crise des subprimes.

Combien de temps le CAC 40 a-t-il mis à retrouver son record de 2000 ?

Hors dividendes, 21 ans : le record de clôture du 4 septembre 2000 (6 922,33 points) n’a été dépassé que le 2 novembre 2021 (6 927,03 points). Dividendes réinvestis, l’indice CAC 40 avec dividendes avait récupéré bien plus tôt.

Sources et date de relevé

Données relevées le 5 octobre 2026. Niveaux de clôture des indices : historiques S&P Dow Jones Indices, Nasdaq, Nikkei et Euronext (CAC 40), recoupés avec la presse financière (Option Finance du 2 novembre 2021 pour le record du CAC 40, Tradingsat pour les records de 2021 et de 2023, La finance pour tous). Statistiques des marchés baissiers : Hartford Funds, « 10 things you should know about bear markets ». Coupe-circuits : règles des bourses américaines (NYSE, SEC) et règles de marché d’Euronext. Garantie des dépôts : Fonds de garantie des dépôts et de résolution. Histoire des krachs antérieurs à 1929 : travaux d’histoire économique, dont l’étude de David Le Bris sur les krachs boursiers en France depuis 1854 (Revue économique). Calculs de baisses, de hausses nécessaires et de durées : ILT. Les durées de récupération sont calculées hors dividendes.

Rédigé par Loïc H, l-investisseur-long-terme.fr. Approche documentaire : chaque chiffre est relevé sur une source publique et daté.

Loïc H

Entrepreneur depuis plus de dix ans, investisseur long terme par nécessité plus que par idéologie. J'écris ce que j'aurais voulu lire avant de faire mes erreurs, chiffres à l'appui et sans jargon.

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