Article rédigé par Loïc H, mis à jour en 2026. Méthodologie basée sur documentation officielle, factsheets émetteurs (Amundi ETF, WisdomTree), base ETF européenne JustETF, position AMF sur les produits complexes, et vérification manuelle des ISIN et éligibilités PEA sur Euronext Paris.
ETF à effet de levier en 2026, en 30 secondes
Un ETF à effet de levier multiplie chaque jour la variation d’un indice par 2 ou par 3. Le LQQ (Amundi Nasdaq 100 x2, ISIN FR0010342592, 1,26 Mds € d’encours) est le plus gros, le CL2 (Amundi CAC 40 x2) et le LVE (Amundi Euro Stoxx 50 x2) sont les seuls x2 encore éligibles PEA côté français. Les ETF x3 (WisdomTree, GraniteShares) sont réservés au CTO. La règle ILT, jamais plus de 5 % du portefeuille, horizon court, et on prend le risque en pleine conscience du beta slippage. Vidéo ci-dessous pour comprendre les maths.
Qu’est-ce qu’un ETF à effet de levier, précisément
Un ETF classique cherche à répliquer un indice, quand le S&P 500 fait +1 %, l’ETF fait environ +1 %. Un ETF à effet de levier, aussi appelé LETF, cherche à multiplier cette variation par un facteur connu, souvent 2 ou 3, sur une base quotidienne. Le calcul se remet à zéro chaque jour, et c’est ce détail qui change tout à l’échelle de plusieurs mois ou plusieurs années.
Techniquement, l’émetteur utilise des contrats de swap non financé avec une contrepartie bancaire pour reproduire l’exposition. On ne détient donc pas les actions du Nasdaq 100 ou du CAC 40, on détient une créance synthétique dont la valeur suit le rendement de l’indice multiplié par le levier, moins des frais de gestion et un coût de financement embarqué dans le swap. C’est ce coût qui explique pourquoi un LETF x2 sur dix ans ne fait pas exactement deux fois l’indice sur dix ans.
La particularité mécanique s’appelle le beta slippage ou effet de convexité. Si l’indice monte de 10 % puis redescend de 10 %, il termine à 99 % de sa valeur de départ. Un ETF x2 sur cette séquence monte de 20 %, puis redescend de 20 %, il termine à 96 %. Le retard s’accumule à chaque va-et-vient. Dans un marché latéral et volatil, un LETF perd de la valeur même quand l’indice sous-jacent revient à son point de départ. C’est ce point que la vidéo YouTube ci-dessus détaille en trois exemples chiffrés.
À l’inverse, dans un marché fortement haussier et peu volatil, le beta slippage joue positivement. Sur la période 2015 à 2021, le Nasdaq 100 a connu une tendance haussière soutenue et des corrections courtes, ce qui explique la surperformance historique du LQQ face à un simple x2 arithmétique du Nasdaq 100 sur cette fenêtre précise.
Tableau maître, les 8 ETF levier disponibles pour un investisseur français
J’ai listé les ETF levier les plus utilisés en Europe et accessibles depuis un compte-titres français ou un PEA. Les encours et TER viennent des factsheets émetteurs recoupées sur la base JustETF. Les performances 5 ans sont exprimées en cumul (non annualisé), tel que reporté par JustETF au moment de la mise à jour, elles varient chaque jour.
| Ticker | Nom (émetteur, année) | ISIN | Indice, levier | Encours | TER | Réplication | PEA | Perf 5 ans (cumul) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| LQQ | Amundi Nasdaq 100 Daily 2x (Amundi, 2006) | FR0010342592 | Nasdaq 100, x2 | 1 265 M€ | 0,60 % | Swap synthétique | Non | +124 % |
| CL2 | Amundi CAC 40 Daily 2x (Amundi, 2008) | FR0010592014 | CAC 40, x2 | 179 M€ | 0,40 % | Swap synthétique | Oui | +57 % |
| 18MF / MULC | Amundi MSCI USA Daily 2x (Amundi, 2009) | FR0010755611 | MSCI USA, x2 | 1 101 M€ | 0,50 % | Swap synthétique | Non | +140 % |
| LVE | Amundi Euro Stoxx 50 Daily 2x (Amundi, 2007) | FR0010468983 | Euro Stoxx 50, x2 | 225 M€ | 0,40 % | Swap synthétique | Oui | +124 % |
| 3USL / QQQ3 | WisdomTree Nasdaq 100 3x Daily (WisdomTree, 2012) | IE00BLRPRL42 | Nasdaq 100, x3 | 547 M€ | 0,75 % | Swap synthétique | Non | +90 % |
| 3USL | WisdomTree S&P 500 3x Daily (WisdomTree) | IE00B7Y34M31 | S&P 500, x3 | 160 M€ | 0,75 % | Swap synthétique | Non | n.d. |
| LYMZ (short) | Amundi Euro Stoxx 50 Daily -1x (Amundi, 2007) | FR0010424135 | Euro Stoxx 50, -1x | n.d. | 0,35 % | Swap synthétique | Oui | négatif |
| DSD | Amundi ShortDAX Daily -2x (Amundi) | FR0010869495 | DAX, -2x | n.d. | 0,50 % | Swap synthétique | Non | négatif |
Ce que ce tableau montre clairement, seul le levier x2 sur indices européens (CAC 40, Euro Stoxx 50) est éligible au PEA, ce qui limite très fortement le choix pour un investisseur qui veut profiter du cadre fiscal PEA. Le LQQ, star des forums français, n’est pas PEA malgré son statut d’ETF de droit français, parce que son indice sous-jacent (Nasdaq 100) n’est pas éligible.
LQQ, la star Nasdaq 100 x2 des CTO
Le LQQ (Amundi ETF Leveraged Nasdaq 100 Daily) a été lancé en juin 2006, il est aujourd’hui le plus gros ETF levier de la place française avec 1,26 milliard d’euros d’encours (donnée JustETF). Sa mécanique, deux fois la variation quotidienne du Nasdaq 100 Notional Net Return, moins le coût du swap et le TER de 0,60 %. Il est capitalisant, les dividendes des sociétés de l’indice (Apple, Microsoft, Nvidia, Alphabet, Amazon, Meta, Tesla, Broadcom, entre autres) sont réinvestis dans la valeur du fonds.
La performance depuis lancement est spectaculaire, portée par le rally tech post-crise financière et surtout post-Covid. Mais il faut se rappeler la contrepartie. Entre novembre 2021 et octobre 2022, le Nasdaq 100 a perdu environ 35 %, le LQQ a perdu environ 65 %. Un investisseur entré au plus haut a mis environ deux ans à revoir son point d’entrée. Sur des périodes plus violentes comme le krach de 2000, un ETF x2 sur le Nasdaq aurait effacé quasiment tout le capital (le Nasdaq 100 avait chuté de plus de 80 % entre le pic de mars 2000 et le creux d’octobre 2002).
Cas d’usage réaliste pour un LQQ, l’utiliser comme booster satellite dans un portefeuille cœur diversifié, avec une taille de position que vous acceptez de voir divisée par trois du jour au lendemain. Pas comme cœur de portefeuille, jamais.
CL2 et LVE, les seuls x2 éligibles PEA
Pour un investisseur qui veut du levier dans un PEA, l’univers se réduit à deux tickers en pratique. Le CL2 (Amundi CAC 40 Daily 2x, FR0010592014) et le LVE (Amundi Euro Stoxx 50 Daily 2x, FR0010468983). Les deux sont éligibles PEA parce que leur indice sous-jacent est composé exclusivement d’actions européennes (ce qui est la condition d’éligibilité, article L221-31 du Code monétaire et financier).
Le CL2 concentre 40 valeurs françaises, le LVE 50 valeurs de la zone euro (TotalEnergies, LVMH, ASML, SAP, Sanofi, Siemens, entre autres). Le LVE offre une meilleure diversification sectorielle et géographique, le CL2 une exposition pure au marché domestique. Les deux facturent 0,40 % de TER, ce qui reste raisonnable pour un produit à effet de levier.
Attention à un piège, l’éligibilité PEA d’un ETF levier synthétique repose sur le fait que le fonds détient physiquement un panier d’actions européennes pour respecter les 75 % d’actifs éligibles PEA. Ce panier n’est pas l’indice ciblé, l’exposition est répliquée via un swap. En cas de défaut de la contrepartie du swap, le fonds ne conserve que le panier physique, dont la valeur peut fortement diverger de l’indice ciblé. Le risque est encadré (contrepartie limitée à 10 % de l’actif net UCITS) mais il existe.
Les ETF x3 sur CTO, réservés à ceux qui savent
Sur compte-titres ordinaire, on peut monter d’un cran avec des ETF x3, essentiellement émis par WisdomTree en Europe. Le 3USL ou QQQ3 (WisdomTree Nasdaq 100 3x Daily, IE00BLRPRL42, 547 M€ d’encours, TER 0,75 %) est le plus liquide. Il existe aussi une version S&P 500 3x (IE00B7Y34M31, 160 M€) et des versions short.
Le beta slippage est mécaniquement trois fois plus violent qu’avec un x2. Un Nasdaq 100 qui perdrait 34 % (comme lors du krach Covid de février-mars 2020) impliquerait, avec un simple x3 arithmétique, un ETF divisé par plus de deux, avec le slippage sur la volatilité de la période, la perte réelle a été supérieure. Ces produits sont conçus pour du trading intraday ou du swing court, ils ne sont pas conçus pour être détenus buy and hold.
À titre indicatif, la note d’information réglementaire des émetteurs de LETF x3 rappelle que « ces produits sont conçus pour un objectif d’investissement de courte durée » et qu’une détention prolongée expose à un risque de perte quasi totale en cas de scénario défavorable.
LETF versus CFD, turbo, warrant, quel produit à levier choisir
Un investisseur qui cherche du levier a plusieurs outils à sa disposition, chacun avec un profil de risque et une fiscalité différents. Le LETF (ETF à effet de levier) a l’avantage d’être un OPCVM régulé UCITS, coté en continu, avec un DIC obligatoire et un risque limité à la mise. Le CFD (Contract For Difference) permet des leviers plus élevés (jusqu’à x30 sur les indices pour les investisseurs particuliers en Europe depuis les mesures ESMA), mais expose à des pertes qui peuvent dépasser la mise initiale via le mécanisme de marge, et sa fiscalité est celle des produits dérivés (BIC ou BNC pour trading professionnel, PFU 30 % pour usage occasionnel). Le turbo et le warrant sont des produits structurés émis par une banque, à durée de vie limitée, avec un risque de désactivation (turbo) ou d’expiration sans valeur (warrant).
Pour un investisseur particulier qui veut du levier proprement encadré et sans surveillance intraday, le LETF est objectivement le meilleur compromis. Il n’a pas de date d’échéance, il ne peut pas être désactivé, il est éligible dans le meilleur des cas au PEA, et sa mécanique de rééquilibrage quotidien, même si elle génère le fameux beta slippage, protège paradoxalement contre le scénario d’un appel de marge. C’est un produit à haute volatilité mais à risque juridique modéré.
Point fiscal complémentaire, un turbo ou un warrant sur CTO relève du PFU 30 % comme un LETF, aucun avantage relatif de ce côté. En revanche, le LETF peut être logé dans un PEA (pour les x2 sur indices européens) alors qu’aucun turbo ou warrant n’est éligible PEA, ce qui donne un avantage fiscal net de 12,8 points sur les plus-values après 5 ans.
Ce que dit l’AMF sur les LETF
L’Autorité des marchés financiers classe les ETF à effet de levier dans la catégorie des instruments financiers complexes. Concrètement, un intermédiaire qui vous propose ces produits doit vérifier votre connaissance et votre expérience via un test d’adéquation, et vous communiquer une information « régulière et actualisée sur les mécanismes de rééquilibrage quotidien et l’effet de levier ».
Le message central du régulateur français est constant, ces produits sont conçus pour du trading de court terme et ne sont pas adaptés à une détention buy and hold sur plusieurs années sans surveillance active. Le rééquilibrage quotidien crée un décalage arithmétique inévitable entre la performance de l’indice sur une longue période et la performance du LETF sur cette même période. Ce point est mentionné dans les DIC (Documents d’Informations Clés) que chaque émetteur doit fournir, et que je vous invite à télécharger avant tout ordre.
Trois scénarios historiques recalculés
Pour donner une intuition chiffrée de ce que le levier fait subir à un portefeuille, j’ai repris trois krachs marquants et j’y ai appliqué l’exposition x2 et x3, avec un modèle simplifié qui ignore volontairement le beta slippage pour donner un plancher optimiste, la réalité aurait été pire.
| Krach | Indice | Baisse indice | ETF x2 (approx.) | ETF x3 (approx.) |
|---|---|---|---|---|
| Bulle Internet, mars 2000 – octobre 2002 | Nasdaq 100 | -83 % | Perte quasi totale du capital | Perte totale théorique |
| Crise financière, octobre 2007 – mars 2009 | S&P 500 | -57 % | -88 % environ | -97 % environ |
| Krach Covid, 19 février – 23 mars 2020 | S&P 500 | -34 % | -63 % environ | -77 % environ |
La question que je pose toujours avant de mettre un LETF dans un portefeuille, « suis-je capable psychologiquement de rester en position si je vois -80 % à l’écran, en sachant que la reprise théorique demanderait +400 % ». Si la réponse est non, ce n’est pas votre produit. Et ce n’est pas grave, la plupart des investisseurs long terme n’en ont pas besoin.
Fiscalité française, PEA, PEA-PME, CTO
Les LETF suivent le régime fiscal classique des ETF. En PEA, aucun impôt tant que vous ne retirez pas, sortie à 17,2 % de prélèvements sociaux uniquement après 5 ans (article 200 A du CGI et article L136-8 du Code de la sécurité sociale). Le plafond de versement PEA est de 150 000 €, cumulable avec un PEA-PME à 225 000 € au total.
Sur compte-titres ordinaire (CTO), les plus-values de cession et les distributions sont soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de PS), sauf option globale pour le barème progressif. C’est le régime qui s’applique à un LQQ, un 18MF, un 3USL, tous non éligibles PEA.
Aucun avantage fiscal spécifique aux LETF, ce sont des ETF comme les autres du point de vue de l’administration fiscale. Le levier ne change pas la fiscalité, il change juste l’ampleur des gains et des pertes déclarés. Pensez à noter que les moins-values sur CTO sont reportables 10 ans (article 150-0 D du CGI), un point utile après un mauvais trade sur LETF.
Comment acheter un ETF levier chez son courtier
Les LETF cotent sur Euronext Paris pour la plupart des références Amundi, sur Xetra ou LSE pour les WisdomTree. Toute banque ou tout courtier qui donne accès à Euronext peut passer l’ordre. En pratique, je recommande de commencer par le code MNEMO ou l’ISIN, plus fiable que le nom du fonds qui peut varier selon les plateformes.
- BoursoBank, accès complet Euronext, PEA et CTO, ordres à environ 1,99 € pour les petits montants sous conditions, application mobile fluide.
- Bourse Direct, tarification agressive sur les ordres, moins de 1 € sur les petits montants, PEA et CTO disponibles.
- Trade Republic, ordre à 1 € forfaitaire, PEA disponible depuis 2024, plan d’épargne automatique gratuit sur la plupart des ETF Amundi français.
- Degiro ou Interactive Brokers, utile pour accéder aux WisdomTree x3 sur LSE ou Xetra si votre broker français ne les référence pas.
Un conseil pratique, avant de passer l’ordre, contrôlez le spread sur le carnet d’ordres et évitez les premières et dernières minutes de séance, où la volatilité peut faire grimper l’écart bid-ask à 0,5 % ou plus sur les LETF les moins liquides. Sur LQQ et CL2 en cœur de séance, le spread est habituellement inférieur à 0,1 %.
Cinq erreurs classiques à éviter
1. Détenir un LETF x3 en buy and hold pluriannuel. Le beta slippage transforme un scénario latéral volatil en perte sèche, même quand l’indice sous-jacent termine à l’équilibre. Cette classe d’actifs n’est pas conçue pour dormir dans un PEA de long terme.
2. Ignorer la différence entre capitalisant et distribuant. Le LQQ est capitalisant, les dividendes s’ajoutent à la valeur de la part. Sur un CTO, cela repousse la fiscalité au moment de la revente, ce qui est plutôt favorable. Vérifiez toujours ce point sur le DIC avant achat.
3. Choisir un LETF sans regarder l’encours. Sous 100 M€, le risque de fermeture ou de fusion du fonds n’est pas négligeable, avec liquidation forcée à un moment potentiellement défavorable. Le tableau maître plus haut donne l’encours pour chaque ligne.
4. Faire du DCA (versement automatique récurrent) sur un LETF. Le DCA fonctionne parce qu’il moyenne le prix d’entrée sur un actif à espérance positive. Sur un LETF x3, la volatilité mange l’espérance sur toute période longue, le DCA ne rattrape rien, il aggrave.
5. Confondre LETF et ETF Short. Un ETF Short (-1x, -2x) parie sur la baisse d’un indice, sa mécanique de rééquilibrage est similaire, mais son biais long terme est structurellement négatif (les indices actions montent en moyenne). Ce n’est pas un outil d’assurance de portefeuille pour un investisseur long terme.
Simulation, 10 000 € sur un LETF, trois scénarios
Pour rendre concret ce que fait un LETF x2 dans un portefeuille, voici trois scénarios sur 20 ans avec 10 000 € placés en une fois, hors fiscalité (à ajuster selon PEA ou CTO), pour comparer un ETF Nasdaq 100 classique et un LQQ. Les hypothèses de rendement annualisé et de volatilité viennent de la performance historique du Nasdaq 100, elles ne préjugent pas des rendements futurs.
| Scénario | Rendement annualisé indice | 10 000 € en ETF Nasdaq 100 sur 20 ans | 10 000 € en LQQ x2 sur 20 ans (avec slippage estimé) |
|---|---|---|---|
| Optimiste (tendance forte, faible volatilité) | 12 % | 96 500 € | environ 460 000 € |
| Médian (proche moyenne historique long terme) | 8 % | 46 600 € | environ 110 000 € |
| Pessimiste (deux krachs profonds sur la période) | 3 % | 18 100 € | environ 6 000 € (perte) |
Ce qui saute aux yeux, le LETF est un pari asymétrique. Dans les bons scénarios, il fait exploser les compteurs. Dans les mauvais, il transforme un simple rendement médiocre en perte. C’est un outil de conviction forte sur une thèse haussière soutenue, pas un outil de diversification passive.
Psychologie du levier, le vrai facteur limitant
Le beta slippage se calcule, la mécanique du swap s’explique, la fiscalité se documente. Le vrai obstacle à la détention d’un LETF, c’est la capacité psychologique à tenir la position en cas de baisse violente. Un investisseur qui prend un LQQ à 500 € la part et le voit passer à 200 € en huit mois (scénario 2022 grandeur nature) doit décider en temps réel s’il coupe, s’il moyenne, ou s’il tient. Les trois options peuvent se justifier a posteriori selon la suite du marché, aucune ne se justifie a priori.
Les études comportementales appliquées à l’investissement montrent que l’aversion à la perte est environ deux fois plus forte que le plaisir du gain équivalent. Autrement dit, perdre 50 000 € fait mentalement deux fois plus mal que gagner 50 000 € ne fait plaisir. Sur un LETF x2 en drawdown de 60 %, cette asymétrie pousse mécaniquement à vendre au pire moment. La règle des 5 % maximum du portefeuille, que j’applique personnellement, sert d’abord à protéger de cet écueil comportemental, pas à optimiser un ratio rendement/risque théorique.
Autre point souvent négligé, la volatilité mensuelle observée sur un LQQ est de l’ordre de 25 à 35 % en annualisé sur les 5 dernières années (source JustETF), contre 15 à 20 % pour le Nasdaq 100 classique et 12 à 15 % pour le S&P 500. Ce chiffre n’est pas qu’une statistique, il détermine le nombre de nuits où vous ouvrirez votre compte-titres et regretterez votre choix. À vous d’être honnête avec vous-même sur votre tolérance réelle avant d’engager le capital.
Règles ILT pour intégrer un LETF dans un portefeuille
Voici les règles que je suis personnellement quand je décide d’utiliser un LETF, elles ne sont ni universelles ni normatives, elles sont juste explicites.
- Poids maximal 5 % du portefeuille total, jamais plus, même en cas de forte conviction.
- Horizon de détention inférieur à 6 mois, ou décision explicite de « trader la position » avec un stop mental.
- Aucun DCA sur un LETF, on rentre en une ou deux fois, sur une thèse claire (rebond post-krach, momentum sectoriel confirmé).
- Séparation stricte entre le cœur de portefeuille (MSCI World, S&P 500, CAC 40 en ETF classique) et la poche satellite LETF, dans deux enveloppes distinctes idéalement.
- Revue mensuelle de la position, avec critère de sortie chiffré à l’avance (par exemple, sortie si l’indice sous-jacent perd 15 % depuis l’entrée).
Ces règles ne sont pas des règles de trading, ce sont des règles de gestion du risque. Elles évitent le principal danger du LETF, celui de la position oubliée qu’on redécouvre après un krach.
FAQ ETF à effet de levier
Quel est le meilleur ETF à effet de levier en 2026 ?
Il n’existe pas de « meilleur » en absolu, mais des références par cas d’usage. Sur PEA, le CL2 (CAC 40 x2) ou le LVE (Euro Stoxx 50 x2) sont les seuls x2 éligibles. Sur CTO, le LQQ (Nasdaq 100 x2, 1,26 Mds € d’encours) reste la référence liquidité en Europe. Pour un pari x3, le 3USL WisdomTree sur Nasdaq 100 est le plus liquide de la place européenne.
Peut-on mettre un ETF x2 dans un PEA ?
Oui, mais uniquement les LETF dont l’indice sous-jacent est composé d’actions européennes éligibles PEA. En pratique, cela se limite au CL2 (CAC 40 x2) et au LVE (Euro Stoxx 50 x2). Un LQQ (Nasdaq 100 x2) ou un 18MF (MSCI USA x2) ne sont pas éligibles PEA malgré leur domicile français, parce que leur indice cible est américain.
Le beta slippage est-il vraiment un problème ?
Oui, mécaniquement, dès qu’il y a volatilité intra-période. Sur un mois latéral et volatil, un LETF x2 peut perdre 3 à 5 % même si l’indice termine à l’équilibre. Sur un marché fortement haussier et peu volatil, le slippage est plus faible et peut même être positif face à un simple x2 arithmétique. La performance historique du LQQ face au Nasdaq 100 x2 arithmétique sur 2015-2021 en témoigne, mais rien ne garantit que cette configuration se répète.
Peut-on tout perdre avec un ETF à effet de levier ?
La perte est limitée à votre mise (contrairement à un CFD ou un warrant, on ne peut pas devoir plus que le montant investi). En revanche, en cas de baisse violente et rapide de l’indice sous-jacent, la valeur du LETF peut s’approcher très fortement de zéro. Un x3 sur Nasdaq 100 qui perdrait 34 % en un jour serait techniquement liquidé. Dans la pratique, les émetteurs prévoient des mécanismes de suspension en cas de mouvement extrême.
ETF Amundi levier ou WisdomTree levier, lequel choisir ?
Sur un x2, Amundi est le choix par défaut, plus liquide et moins cher (0,40 à 0,60 % vs 0,75 % chez WisdomTree). Sur un x3, WisdomTree domine parce qu’Amundi ne propose pas de x3 en Europe. Sur un short, les deux émetteurs proposent des produits, à choisir sur l’indice ciblé et la liquidité.
Comment sortir d’un LETF en perte ?
Deux options rationnelles, définir un stop de sortie à l’avance (par exemple si l’indice sous-jacent perd 15 % depuis mon entrée) et l’exécuter mécaniquement le jour où il est atteint. Ou accepter que la position est morte et la solder sans attendre un hypothétique rebond, ce qui libère du capital pour un placement à espérance positive et permet de constater fiscalement la moins-value (reportable 10 ans sur CTO).
Le LQQ va-t-il continuer de surperformer le Nasdaq 100 ?
Impossible à prédire. La surperformance passée du LQQ est le résultat d’une tendance haussière exceptionnellement longue et peu volatile sur le Nasdaq 100 entre 2009 et 2021. Sur des régimes de marché plus latéraux ou plus volatils (comme 2022), le LQQ sous-performe mécaniquement un x2 arithmétique. Prendre la performance passée du LQQ comme référence pour projeter les 20 prochaines années est une erreur méthodologique.
Existe-t-il un ETF x2 sur MSCI World ?
Non, pas à ma connaissance sur la place européenne UCITS en 2026. Les LETF disponibles sont concentrés sur les grands indices régionaux (S&P 500, Nasdaq 100, MSCI USA, CAC 40, Euro Stoxx 50, DAX). Pour un pari levier diversifié monde, la seule option est de combiner un LETF USA (LQQ ou 18MF) et un LETF Europe (LVE), en pondérant selon la répartition MSCI World, avec les inconvénients cumulés du slippage.
Pour aller plus loin, les piliers du site
- Quel ETF choisir en 2026, le guide de l’ETF classique, pour construire un cœur de portefeuille avant de penser satellite levier.
- Meilleur PEA en 2026, comparatif des courtiers pour loger CL2 et LVE si vous restez dans le cadre PEA.
- ETF Nasdaq 100, la version non levier pour comparer avec le LQQ sur longue durée.
- Investir en bourse, guide débutant, la base avant de toucher au levier.
Loïc H, l-investisseur-long-terme.fr. Ce contenu est informationnel, il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les LETF sont des produits complexes, adaptés à un public averti et vérifiés par votre intermédiaire sur test d’adéquation. Passé n’est pas prologue, vérifiez toujours les DIC des émetteurs avant tout ordre.
Ce contenu est informatif et ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Certains liens peuvent être sponsorisés — cela n'affecte pas notre sélection éditoriale.
