Comptabiliser un abandon de compte courant, c’est constater que la société ne doit plus rien à l’associé : elle débite son compte courant 455 (4551 pour le principal) et crédite un compte de produit. Jusqu’en 2024, ce produit allait presque toujours au 7788. Ce compte a disparu avec la réforme du plan comptable applicable depuis le 1er janvier 2025, et l’ANC n’a pas désigné de successeur unique : il faut raisonner selon la nature de l’abandon.
Ce qui se passe quand l’associé abandonne son compte courant
Un compte courant d’associé est une dette de la société : l’associé lui a prêté de l’argent, ou y a laissé des sommes qui lui étaient dues. En l’abandonnant, il renonce définitivement à se faire rembourser. Pour la société, une dette disparaît sans sortie de trésorerie : c’est un enrichissement, donc un produit, qui augmente le résultat de l’exercice puis les capitaux propres.
C’est pour cela que l’abandon sert souvent à reconstituer des capitaux propres devenus trop faibles après des pertes. Il se formalise par écrit : lettre d’abandon de l’associé acceptée par la société, avec le montant et la date, et le cas échéant une clause de retour à meilleure fortune. La date de l’écriture est celle de l’abandon, pas celle de l’assemblée suivante.
Ne confonds pas avec l’incorporation du compte courant au capital : l’associé reçoit alors des titres en échange de sa créance, la société débite le 455 par le crédit du 1013, et il n’y a aucun produit. L’abandon, lui, ne donne rien en échange.
Avant et depuis 2025 : quel compte remplace le 7788
Avant la réforme, l’abandon de créance reçu à caractère financier était classé en produit exceptionnel, au 7788 Produits exceptionnels divers. Le règlement ANC 2022-06 a supprimé le 7788 et réservé le résultat exceptionnel aux éléments liés à un événement majeur et inhabituel (article 513-5). Le compte 77 ne comporte plus que le 772 et le 778.
Aucune table officielle n’indique où passer désormais un abandon de compte courant. Deux lectures cohérentes avec le règlement coexistent :
- Cas courant : l’associé renonce à une avance de trésorerie. L’opération est de nature financière : produit au 768 Autres produits financiers, éventuellement dans une subdivision dédiée.
- Abandon lié à un événement majeur et inhabituel (plan de sauvegarde, restructuration d’ampleur) : subdivision du 778 Autres produits exceptionnels, avec une explication en annexe.
Tu verras aussi des plans de comptes utiliser une subdivision du 758 : c’est plutôt la logique d’un abandon à caractère commercial, consenti par un fournisseur. Quel que soit ton choix, documente-le et garde-le d’un exercice à l’autre.
Clause de retour à meilleure fortune et abandon par une holding
La clause de retour à meilleure fortune prévoit que la créance renaîtra si la société redevient bénéficiaire ou retrouve un certain niveau de capitaux propres. Tant que la condition n’est pas remplie, la dette n’existe plus au bilan : tu la mentionnes en annexe comme engagement donné. Le jour où la condition se réalise, tu reconstitues le compte courant : charge par le crédit du 4551. Si le produit initial était au 768, la charge symétrique va au 668 Autres charges financières.
Quand l’associé est une holding, elle enregistre de son côté la perte de sa créance : débit 668, crédit du compte où figurait son avance, par exemple le 451 Groupe pour une filiale. Les intérêts courus non payés que l’associé abandonne aussi se soldent de la même façon, par le débit du 4558.
Les écritures comptables, exemples chiffrés
1. Le gérant abandonne 20 000 € de compte courant, depuis 2025
Après deux exercices de pertes, le gérant associé renonce à 20 000 € de son compte courant pour renforcer les capitaux propres.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 4551 | Compte courant gérant, abandon | 20 000 € | |
| 768 | Abandon de compte courant reçu | 20 000 € |
2. Le même abandon, exercices ouverts avant 2025
Pour comparaison, l’écriture que tu trouveras dans les comptes 2024 et antérieurs.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 4551 | Compte courant gérant, abandon | 20 000 € | |
| 7788 | Produits exceptionnels divers | 20 000 € |
3. Retour à meilleure fortune deux ans plus tard
La société redevient bénéficiaire et la condition prévue est remplie : la créance du gérant renaît.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 668 | Retour à meilleure fortune | 20 000 € | |
| 4551 | Compte courant gérant reconstitué | 20 000 € |
4. Chez la holding qui abandonne son avance à sa filiale
La holding renonce à 30 000 € d’avance de trésorerie consentie à sa filiale, inscrits au compte groupe.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 668 | Abandon avance filiale | 30 000 € | |
| 451 | Compte groupe filiale, abandon | 30 000 € |
Traitement fiscal et TVA
Pour la société bénéficiaire, l’abandon est un produit imposable : il augmente le résultat fiscal de l’exercice, ce qui permet aussi d’absorber des déficits reportables. Si la clause de retour à meilleure fortune joue, la charge constatée à ce moment est déductible. Pour une société qui abandonne une créance à caractère financier, la perte n’est en principe pas déductible (article 39, 13 du CGI), sauf si la société aidée fait l’objet d’une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire. Un abandon à caractère commercial suit d’autres règles. Pour un associé personne physique, la somme abandonnée ne vient pas en déduction de ses revenus. Ces conséquences méritent une validation avant de signer.
Les erreurs à éviter
Comptes liés
| Compte | Quand l'utiliser |
|---|---|
| 455 Associés – Comptes courants | Le compte courant d’associé lui-même, débité du montant abandonné. |
| 4558 Intérêts courus | Intérêts courus non payés : soldés aussi s’ils font partie de l’abandon. |
| 1013 Capital souscrit – appelé, versé | Incorporation du compte courant au capital : l’associé reçoit des titres, pas de produit. |
| 768 Autres produits financiers | Produit financier : le choix le plus cohérent depuis 2025 pour l’abandon d’une avance de trésorerie. |
| 778 Autres produits exceptionnels | Produit exceptionnel, seulement si l’abandon est lié à un événement majeur et inhabituel. |
| 668 Autres charges financières | Charge symétrique : retour à meilleure fortune chez la société, ou perte de la créance chez la holding. |
Questions fréquentes
Comment comptabiliser un abandon de compte courant d'associé ?
Chez la société, débit du 4551 pour le montant abandonné, crédit d’un compte de produit. Depuis 2025, c’est en général le 768 Autres produits financiers, ou le 778 si l’abandon est lié à un événement majeur et inhabituel. L’écriture est datée du jour de l’abandon.
Quel compte remplace le 7788 pour un abandon de créance ?
Aucun compte n’est désigné officiellement. Le 7788 a été supprimé pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2025. Pour un abandon de compte courant ordinaire, le 768 est cohérent avec sa nature financière ; le 778 reste réservé aux événements majeurs et inhabituels.
L'abandon de compte courant est-il imposable pour la société ?
Oui. C’est un produit qui augmente le résultat fiscal de l’exercice. Il peut toutefois être absorbé par des déficits reportables. Si une clause de retour à meilleure fortune joue plus tard, la charge correspondante sera déductible.
Qu'est-ce qu'une clause de retour à meilleure fortune ?
Une condition prévoyant que la créance abandonnée renaîtra si la société retrouve une meilleure situation, par exemple des bénéfices. En attendant, la dette sort du bilan et figure en annexe. Quand la condition se réalise, la société débite une charge par le crédit du 4551.
Abandon de compte courant ou augmentation de capital : quelle différence ?
Dans les deux cas, le 455 est débité. L’incorporation au capital donne des titres à l’associé et crédite le 1013 sans passer par le résultat. L’abandon ne donne rien en échange : il crée un produit qui augmente le résultat, puis les capitaux propres.
L'associé peut-il déduire l'abandon de compte courant de ses impôts ?
Un associé personne physique ne peut pas, en principe, déduire la somme abandonnée de ses revenus. Pour une holding, la perte d’une créance à caractère financier n’est pas déductible, sauf si la filiale est en procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire.
